Se verser un salaire, des dividendes, ou un mélange des deux : la question revient chaque année à l'approche de la clôture. Il n'existe pas de réponse unique, parce que le salaire et le dividende n'obéissent ni aux mêmes règles fiscales, ni aux mêmes règles sociales, ni aux mêmes règles juridiques.
Cet article pose le cadre et les points de décision. Les deux suivants de la série traiteront des management fees (2/3) puis de la rémunération du dirigeant dans la checklist de clôture 2026 (3/3). Il est arrêté au 16 octobre 2026 : les taux et seuils cités sont ceux en vigueur à cette date, et nous précisons à chaque fois ce que nous n'avons pas pu vérifier.
L'essentiel en quatre points
- Le salaire est une charge pour la société, déductible de son résultat sous conditions. Le dividende est un partage du bénéfice, versé après impôt sur les sociétés.
- En 2026, les dividendes perçus par une personne physique supportent par défaut 31,4 % de prélèvement forfaitaire unique (12,8 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux), ou le barème de l'impôt sur le revenu avec un abattement de 40 %, sur option.
- Le statut du dirigeant change tout : en SAS, les dividendes échappent aux cotisations sociales ; en SARL ou EURL à l'IS avec gérant majoritaire, la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital et des comptes courants y est soumise.
- Un dirigeant uniquement rémunéré en dividendes peut ne rien acquérir en droits sociaux (retraite, indemnités journalières) au titre de son mandat.
I. Deux logiques qui ne se comparent pas à l'euro près
Le salaire : une charge, sous conditions
La rémunération du dirigeant vient en déduction du bénéfice imposable de la société, à condition de correspondre à un travail effectif et de ne pas être excessive au regard du service rendu. C'est la doctrine administrative (BOFiP, BOI-BIC-CHG-40-40-10, §20). L'administration apprécie le caractère excessif au regard de plusieurs critères, dont la qualification du dirigeant, l'étendue de son activité et les rémunérations pour des emplois comparables (§90 et §130). Le BOFiP précise que cette règle s'applique strictement aux dirigeants qui détiennent une part importante du capital (§110).
Le dividende : une distribution du bénéfice
Le dividende n'est pas une charge. Il est prélevé sur le bénéfice distribuable, défini par l'article L. 232-11 du Code de commerce : bénéfice de l'exercice, diminué des pertes antérieures et des sommes à porter en réserve, augmenté du report bénéficiaire. Le même article interdit toute distribution lorsque les capitaux propres sont ou deviendraient inférieurs au capital augmenté des réserves non distribuables. Le dividende suppose donc un bénéfice distribuable et des capitaux propres suffisants.
Côté société, le bénéfice distribué a déjà supporté l'impôt sur les sociétés : taux normal de 25 %, et taux de 15 % dans la limite de 42 500 € de bénéfice pour les sociétés dont le chiffre d'affaires n'excède pas 10 millions d'euros et dont le capital, entièrement libéré, est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques (CGI, art. 219, I).
II. La fiscalité des dividendes en 2026
Par défaut : le prélèvement forfaitaire unique (PFU). Il combine 12,8 % d'impôt sur le revenu (CGI, art. 200 A) et des prélèvements sociaux dont la CSG, fixée à 10,6 % pour les produits de placement (CSS, art. L. 136-8). Le total des prélèvements sociaux est de 18,6 % depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, ce qui porte le PFU à 31,4 % (contre 30 % auparavant), selon la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
Sur option : le barème progressif. L'option est globale (elle vise l'ensemble des revenus du capital concernés, art. 200 A, 2). Les dividendes bénéficient alors d'un abattement de 40 % de leur montant brut pour le calcul de l'impôt sur le revenu (CGI, art. 158, 3-2°). Les prélèvements sociaux restent calculés sur le montant brut.
Pour savoir quelle option est la moins coûteuse, on compare le taux de PFU de 12,8 % au taux effectif du barème, soit 60 % × le taux de la tranche marginale (TMI) :
| TMI du foyer | Taux effectif d'impôt sur le revenu au barème (60 % × TMI) | Comparé à 12,8 % |
|---|---|---|
| 11 % | 6,6 % | Barème moins coûteux |
| 30 % | 18 % | PFU moins coûteux |
| 41 % | 24,6 % | PFU moins coûteux |
Les tranches du barème pour l'imposition des revenus 2025 sont de 0 %, 11 %, 30 %, 41 % et 45 % (BOFiP, BOI-IR-LIQ-20-10) ; leurs seuils sont indexés chaque année. Ce tableau compare l'impôt sur le revenu seul : il ne tient pas compte de la fraction de CSG déductible en cas d'option pour le barème, ni des contributions sur les hauts revenus. À faire simuler dans votre situation.
Exemple chiffré (hypothèses : société à l'IS au taux de 25 %, dividendes sans cotisations sociales, hors contributions sur les hauts revenus et CSG déductible) :
| Pour 100 € de bénéfice avant IS | PFU | Barème, TMI 11 % | Barème, TMI 30 % |
|---|---|---|---|
| IS à 25 % | 25,00 € | 25,00 € | 25,00 € |
| Dividende brut distribué | 75,00 € | 75,00 € | 75,00 € |
| Impôt sur le revenu | 9,60 € (12,8 %) | 4,95 € (75 × 60 % × 11 %) | 13,50 € (75 × 60 % × 30 %) |
| Prélèvements sociaux (18,6 %) | 13,95 € | 13,95 € | 13,95 € |
| Net perçu par l'associé | 51,45 € | 56,10 € | 47,55 € |
Au-delà de 250 000 € de revenu de référence : la CDHR
Pour les foyers à hauts revenus, les 12,8 % d'impôt sur le revenu du PFU ne sont pas toujours le taux final. La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR, art. 224 du CGI), créée par la loi de finances pour 2025 et prorogée pour l'imposition des revenus 2026 par la loi de finances pour 2026, vise les foyers dont le revenu de référence dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (imposition commune). Elle complète l'impôt jusqu'à 20 % du revenu de référence : son montant est la différence, si elle est positive, entre 20 % de ce revenu et la somme de l'impôt sur le revenu, de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) et d'une majoration de 1 500 € par personne à charge et de 12 500 € pour un couple. Une décote atténue l'effet de seuil jusqu'à 330 000 € (célibataire) ou 660 000 € (couple). Les prélèvements sociaux n'entrent pas dans ce calcul, et l'abattement de 40 % sur les dividendes n'est pas réintégré dans le revenu de référence.
Exemple : un célibataire sans personne à charge perçoit 400 000 € de dividendes imposés au PFU. Son impôt est de 51 200 € (12,8 %) et sa CEHR de quelques milliers d'euros, très en dessous de 20 % de 400 000 €, soit 80 000 €. La CDHR comble l'écart : impôt, CEHR et CDHR atteignent ensemble 80 000 €, soit 20 %, et avec 74 400 € de prélèvements sociaux (18,6 %), le prélèvement total est de 154 400 €, soit 38,6 % au lieu de 31,4 %.
La CDHR donne lieu à un acompte de 95 % de son montant estimé, à verser entre le 1ᵉʳ et le 15 décembre de l'année d'imposition, avec une majoration de 20 % en cas de défaut ou d'insuffisance de plus de 20 % : une distribution décidée en fin d'année se simule donc avant la clôture.
Point de vigilance : la loi de finances 2027 peut encore changer le taux
Le taux de 31,4 % décrit ici est celui en vigueur en octobre 2026, et il peut encore évoluer d'ici la fin de l'année. Le projet de loi de finances pour 2027, déposé le 1ᵉʳ octobre, ne modifie pas le PFU, mais des amendements proposent de relever la part impôt de 12,8 % (jusqu'à 15,8 %, voire 22,8 %) ou la CSG de 10,6 % à 12 %. Ils ne sont pas adoptés.
Cela compte pour un dividende versé avant le vote : le 12,8 % retenu à la distribution n'est qu'un acompte, et l'impôt sur le revenu est établi selon la loi en vigueur au 31 décembre de l'année. Une loi de finances promulguée avant cette date peut donc, si elle le prévoit, s'appliquer à des dividendes déjà perçus depuis le 1ᵉʳ janvier ; le législateur peut aussi retenir une date d'application ultérieure. Pour les prélèvements sociaux, cette possibilité n'a pas été vérifiée.
En pratique, mieux vaut ne pas fonder une décision de distribution sur le seul taux de 31,4 %, prévoir une marge et refaire la simulation une fois la loi promulguée.
III. Le point qui change tout : le statut du dirigeant
SAS et SASU : les dividendes ne supportent pas de cotisations
Le président de SAS rémunéré est assimilé salarié et relève du régime général, sans assurance chômage au titre de son mandat. La seule perception de dividendes n'est pas considérée comme une rémunération : ces dividendes ne sont pas soumis aux cotisations sociales (fiche pratique SASU, impots.gouv.fr, édition 2025). Revers de la médaille : un président non rémunéré ne cotise pas, mais ne valide pas non plus de droits (retraite, indemnités journalières), selon les guides de cabinets d'expertise comptable cités en sources.
SARL et EURL à l'IS, gérant majoritaire : la règle des 10 %
Le gérant majoritaire relève du régime des travailleurs indépendants. Pour les sociétés soumises à l'IS, la part des dividendes qui dépasse 10 % d'un montant de référence entre dans l'assiette des cotisations sociales. Ce montant de référence est constitué du capital social (primes d'émission incluses) détenu par le dirigeant, son conjoint ou partenaire de PACS et ses enfants mineurs, et des sommes inscrites dans leurs comptes courants d'associés (CSS, art. L. 136-3, II, 2°). L'assiette bénéficie ensuite d'un abattement de 26 % (art. L. 136-3, III).
Exemple (chiffres de pure illustration) : capital de 20 000 € et compte courant d'associé de 10 000 €, soit un montant de référence de 30 000 € et un seuil de 3 000 €. Pour 20 000 € de dividendes, 3 000 € restent soumis aux seuls prélèvements sociaux et 17 000 € entrent dans l'assiette des cotisations des indépendants. Les cabinets d'expertise comptable citent un ordre de grandeur d'environ 45 % de cotisations pour la rémunération du gérant majoritaire (Keobiz) : le taux réel dépend du revenu, à faire calculer.
Le gérant minoritaire ou égalitaire est assimilé salarié, et cette règle des 10 % ne le vise pas, selon les mêmes sources.
| SAS (président) | SARL / EURL à l'IS (gérant majoritaire) | |
|---|---|---|
| Statut social | Assimilé salarié (rémunéré) | Travailleur indépendant |
| Cotisations sur les dividendes | Non | Oui, au-delà de 10 % du montant de référence |
| Prélèvements sociaux sur les dividendes | 18,6 % | 18,6 % sur la part sous le seuil |
| Sans rémunération | Pas de droits acquis au titre du mandat | Cotisations minimales dues (source : Keobiz) |
Dividendes seuls : attention à la cotisation subsidiaire maladie (« taxe PUMa »)
Un dirigeant qui vit uniquement de dividendes peut devoir la cotisation subsidiaire maladie, dite « taxe PUMa », collectée par l'URSSAF. Elle est due lorsque deux conditions sont réunies : des revenus d'activité inférieurs à 20 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 9 612 € en 2026 (PASS de 48 060 €), et des revenus du capital, dividendes compris, supérieurs à 50 % du PASS, soit 24 030 €. Pour un couple marié ou pacsé, les revenus d'activité de l'autre membre du couple doivent aussi être inférieurs à 20 % du PASS.
Le taux maximal est de 6,5 %, appliqué à la fraction des revenus du capital au-delà de 24 030 € (assiette plafonnée à 8 PASS, soit 384 480 €), et il diminue jusqu'à s'annuler quand les revenus d'activité atteignent 9 612 €. Exemple : 40 000 € de dividendes et aucune rémunération donnent 6,5 % × (40 000 − 24 030) ≈ 1 038 €, en plus du PFU.
Une rémunération d'au moins 9 612 € écarte cette cotisation : c'est un point à intégrer dans l'arbitrage, surtout en SAS où le président n'a aucune obligation de se rémunérer. Ce niveau couvre aussi le seuil de validation des quatre trimestres de retraite de base, fixé à 600 fois le SMIC horaire brut du 1ᵉʳ janvier, soit 7 212 € en 2026 (12,02 € de l'heure) ; ce seuil change chaque année avec le SMIC, et pour un gérant majoritaire il porte sur le revenu soumis à cotisations.
IV. Comment arbitrer : cinq questions à se poser
- Quel est mon statut social ? C'est lui qui détermine si les dividendes échappent ou non aux cotisations.
- De quelle protection ai-je besoin ? Retraite, indemnités journalières, prévoyance : sans rémunération soumise à cotisations, vous n'acquérez rien au titre du mandat en SAS.
- Quel est le taux marginal d'imposition de mon foyer ? Il oriente le choix entre PFU et barème (voir tableau ci-dessus).
- La société a-t-elle un bénéfice distribuable et de la trésorerie ? Un dividende ne se décide pas sans bénéfice ni capitaux propres suffisants (C. com., art. L. 232-11).
- Mon salaire est-il défendable en cas de contrôle ? Travail effectif, montant cohérent avec la fonction et le niveau de la société (BOFiP).
Beaucoup de dirigeants combinent les deux : une rémunération qui finance leur protection sociale et leurs besoins courants, et des dividendes pour le reste. Le bon dosage dépend de chaque dossier et se simule avant la clôture.
Dans la pratique, pour gérer la trésorerie de la société, la stratégie du dirigeant suit en général deux étapes :
Étape 1 — Versement d'une rémunération couvrant les besoins courants du dirigeant.
Étape 2 — Arbitrage entre dividendes et rémunération complémentaire, si un bénéfice a été réalisé.
V. Ce qu'il faut retenir
- Le PFU est passé à 31,4 % en 2026 : l'arbitrage doit être refait chaque année.
- La règle des 10 % en SARL peut réduire fortement l'intérêt des dividendes pour un gérant majoritaire.
- Aucun choix n'est bon dans l'absolu : il faut comparer le coût total pour la société et le net perçu, en tenant compte de la protection sociale.
Vous préparez votre clôture 2026 ?
Parlez-en à votre expert-comptable ACEGA avant la fin de l'exercice : une simulation chiffrée sur votre situation vaut mieux que des règles générales.
Cet article présente des règles générales à la date du 16 octobre 2026 et ne constitue pas un conseil personnalisé. Il a été rédigé avec l'assistance d'outils d'intelligence artificielle pour la synthèse des informations réglementaires, à partir de sources publiques consultées en octobre 2026 (voir sources ci-dessous), puis relu, vérifié et validé par notre équipe avant publication.